Assurance indemnités journalières maladie (IJM) en Suisse: quand est-elle indispensable?

En Suisse, l'assurance d'indemnités journalières maladie (IJM) n'est pas imposée par la loi fédérale. Pourtant, l'article 324a du Code des obligations impose à chaque employeur de maintenir le salaire de ses collaborateurs pendant une durée limitée en cas de maladie, dès la 1ère année de service.

Sans l'assurance IJM, cette charge repose intégralement sur l'entreprise.

Pour les indépendants, la situation est encore plus critique: aucune couverture automatique ne protège leur revenu en cas d'arrêt de travail. L'IJM couvre généralement 80% du salaire assuré pendant 720 à 730 jours sur une période de 900 jours, après un délai d'attente choisi par le preneur d'assurance.

Table des matières

Qu'est-ce que l'assurance indemnités journalières maladie (IJM)?

L'assurance indemnités journalières maladie est un contrat qui garantit le versement d'un revenu de remplacement lorsqu'un assuré ne peut plus travailler pour cause de maladie. En Suisse, elle se distingue clairement de l'assurance accident obligatoire (LAA), qui ne couvre que les conséquences d'un accident professionnel ou non professionnel.

Concrètement, l'IJM prend le relais du salaire après un délai d'attente défini contractuellement. Elle verse une indemnité, le plus souvent fixée à 80% du salaire brut assuré, pendant une durée maximale qui varie selon les contrats (généralement 720 à 730 jours sur 900 jours consécutifs).

Pour l'employeur, l'IJM est un outil de gestion financière: elle transforme un risque imprévisible (l'absence longue d'un collaborateur) en une charge fixe et budgétable (la prime d'assurance). Pour l'indépendant, elle constitue souvent la seule protection contre la perte totale de revenu en cas de maladie prolongée.

L'IJM est-elle obligatoire en Suisse?

La réponse courte est non, il n'existe pas d'obligation fédérale générale de souscrire une assurance IJM. Mais cette réponse est trompeuse, car deux mécanismes juridiques rendent cette couverture quasi incontournable dans la pratique.

Ce que dit le Code des obligations (art. 324a CO)

L'article 324a du Code des obligations impose à tout employeur de continuer à verser l'intégralité du salaire à un collaborateur empêché de travailler pour cause de maladie, et ce dès que la relation de travail a duré plus de trois mois.

La durée de cette obligation dépend de l'ancienneté du collaborateur et de l'échelle appliquée par le tribunal compétent. En Suisse, trois échelles coexistent selon les cantons:

AnciennetéÉchelle de BerneÉchelle de ZurichÉchelle de Bâle
1ère année3 semaines3 semaines3 semaines
2e année1 mois8 semaines2 mois
3e année2 mois9 semaines2 mois
5e année2 mois11 semaines3 mois
10e année3 mois3 mois4 mois
20e année4 mois5 mois6 mois

À Genève, c'est l'échelle de Berne qui s'applique. Ces durées sont des minimums légaux qui s'appliquent par année de service et non par cas de maladie: si un collaborateur cumule plusieurs arrêts dans la même année, les durées s'additionnent.

Sans IJM, chaque jour d'absence au-delà du délai légal représente un litige potentiel. Et en deçà de ce délai, l'employeur assume seul la charge salariale complète.

 

Quand une convention collective rend l'IJM obligatoire

Certaines conventions collectives de travail (CCT) imposent directement la souscription d'une IJM. L'exemple le plus connu est la CCNT de l'hôtellerie-restauration, qui exige une couverture versant 80% du salaire brut pendant 720 jours sur 900 jours consécutifs.

D'autres branches sont concernées: la construction, le nettoyage, la location de services ou encore certaines CCT cantonales. Un employeur soumis à une CCT qui impose l'IJM et qui ne la souscrit pas s'expose à devoir fournir des prestations équivalentes sur ses propres fonds, ce qui peut représenter un risque financier considérable.

💡 La vérification de la CCT applicable est une étape indispensable pour toute entreprise en Suisse.

IJM selon la LAMal ou selon la LCA: quelles différences?

Il existe deux régimes juridiques distincts pour l'assurance indemnités journalières en Suisse. Le choix entre les deux a des conséquences directes sur les conditions de couverture, les primes et les droits de l'assuré.

 

IJM LAMal: principes et limites

L'indemnité journalière maladie selon la LAMal relève du droit social. Ses caractéristiques principales:

  • Obligation d'acceptation: l'assureur ne peut pas refuser un assuré, mais peut appliquer des réserves pour des maladies préexistantes (maximum 5 ans). Ces réserves deviennent automatiquement caduques à l'échéance de ce délai, et l'assuré peut en demander la levée anticipée s'il prouve qu'elles ne sont plus justifiées.
  • Primes calculées selon des critères collectifs: le calcul repose principalement sur des éléments globaux (secteur d'activité, masse salariale, historique de sinistres). À ce titre, l'assureur peut refuser de proposer une couverture à un collectif (entreprise) en fonction du niveau de risque, notamment selon la branche d'activité ou la sinistralité.
  • Couverture encadrée: la durée de versement est généralement de 720 jours sur 900 jours, avec un taux d'indemnisation standard autour de 80% du salaire. Certains contrats peuvent prévoir un plafond journalier.
  • Stabilité du contrat: reconduction tacite annuelle avec adaptation possible des primes, mais sans résiliation libre par l'assureur.

Ce régime protège particulièrement les collaborateurs ayant des antécédents médicaux, tout en offrant un cadre sécurisé mais moins flexible.

 

IJM LCA: flexibilité du contrat privé

L'indemnité journalière maladie selon la Loi sur le contrat d'assurance est un contrat de droit privé offrant une grande flexibilité:

  • Questionnaire de santé: l'assureur évalue le risque individuellement et peut appliquer des réserves sur certaines pathologies, parfois de longue durée voire définitives.
  • Paramètres personnalisables: délai d'attente (0 à 180 jours), taux d'indemnisation (jusqu'à 100% du salaire, plus facilement atteignable qu'en LAMal) et durée de couverture modulables.
  • Primes ajustées au risque réel: une entreprise avec un bon historique de sinistres peut bénéficier de conditions tarifaires avantageuses.
  • Résiliation encadrée: en IJM collective, l'assureur peut résilier le contrat à l'échéance contractuelle (selon les conditions générales), contrairement à la LAMal qui garantit une continuité de couverture.

Ce modèle permet une optimisation fine de la couverture, mais implique une logique de sélection du risque plus stricte.

CritèreIJM LAMalIJM LCA
AccèsTous les assurés (avec réserves)Sélection du risque
FlexibilitéStandardSur mesure
Indemnisation80%, parfois plusJusqu’à 100%
StabilitéContrat sécuriséPeut évoluer / être résilié

💡 Approfondissement pratique du sujet

Dans la pratique, la majorité des entreprises suisses optent pour une IJM LCA en raison de sa souplesse. L'IJM LAMal reste pertinente pour les petites structures employant des collaborateurs avec des antécédents de santé, ou comme filet de sécurité complémentaire.

En IJM selon la LCA, la prime peut être optimisée en adaptant la franchise en jours (30, 60, 90 ou 180 jours) ou en mettant en place un stop-loss financier. L’entreprise conserve ainsi une partie du risque, tandis que l’assureur intervient pour les cas plus importants, permettant d’ajuster la couverture selon la capacité financière et les besoins spécifiques de l’entreprise.

Il est également possible de prévoir des couvertures différenciées selon les catégories de collaborateurs (cadres, employés administratifs, personnel opérationnel, etc.). Le délai d’attente, le taux d’indemnisation ou la durée de couverture peuvent ainsi être adaptés au niveau de risque de chaque groupe, permettant d’optimiser les coûts tout en maintenant une protection cohérente et adaptée pour l’ensemble de l’entreprise.

La maternité est couverte en Suisse par l’APG à hauteur de 80 % du salaire pendant 14 semaines, avec un plafond légal. Une couverture complémentaire via l’IJM permet d’augmenter le taux d’indemnisation jusqu’à 90 % ou 100 %, de lever les plafonds salariaux et d’allonger la durée du congé. Ces solutions constituent un avantage social attractif et un levier important de rétention pour les entreprises.

Qui a besoin d'une assurance IJM?

Employeurs et PME: se protéger contre le risque salarial

Pour une PME genevoise de 10 collaborateurs avec un salaire moyen de 6'000 CHF, un seul arrêt maladie de six mois sans IJM représente un coût direct de 36'000 CHF en maintien de salaire, sans compter les frais de remplacement et la perte de productivité. Si deux collaborateurs sont absents simultanément, la trésorerie peut être mise en danger.

L'IJM transforme ce risque en une prime mensuelle prévisible. Après le délai d'attente choisi (souvent 30, 60 ou 90 jours), l'assureur prend en charge 80% du salaire ou plus selon le contrat. Plus le délai d'attente est long, plus la prime est basse, mais plus l'entreprise assume seule les premières semaines d'absence.

Au-delà de la protection financière, proposer une IJM est aussi un argument de recrutement. Les candidats qualifiés comparent les conditions sociales, et une couverture IJM solide fait partie des attentes standards sur le marché suisse.

 

Indépendants: un filet de sécurité souvent négligé

La situation des indépendants en Suisse est particulièrement exposée. Contrairement aux salariés, ils ne bénéficient d'aucune couverture automatique en cas de maladie:

  • Pas de maintien de salaire (pas d'employeur pour appliquer l'art. 324a CO)
  • Pas d'assurance accidents obligatoire (la LAA est facultative pour les indépendants)
  • Pas de droit au chômage
  • Pas d'IJM par défaut

Un indépendant qui tombe malade pendant trois mois sans IJM perd simplement trois mois de revenus. Si la maladie se prolonge, les charges fixes (loyer professionnel, cotisations sociales, leasing) continuent de courir sans aucune rentrée.

Souscrire une IJM individuelle, que ce soit sous le régime LAMal ou LCA, est l'un des premiers réflexes de prévoyance recommandés pour tout indépendant établi en Suisse. Il est possible d’y intégrer une couverture en cas d’accident. Pour une vue complète des assurances pour indépendants en Suisse, un état des lieux global est souvent le meilleur point de départ.

Comment fonctionne une IJM en pratique?

Délai d'attente, taux d'indemnisation et durée des prestations

Le fonctionnement d'une IJM repose sur trois paramètres clés:

  1. Le délai d'attente (ou délai de carence): c'est la période entre le début de l'incapacité de travail et le premier versement de l'indemnité. Il varie de 0 à 180 jours selon le contrat. Pendant cette période, l'employeur assume seul le maintien du salaire (ou l'indépendant puise dans ses réserves).
  2. Le taux d'indemnisation: il s'exprime en pourcentage du salaire assuré. Le standard du marché est 80% du salaire brut, un seuil reconnu comme "prestation équivalente" au sens de l'art. 324a al. 4 CO par la jurisprudence du Tribunal fédéral. Certains contrats LCA permettent d'assurer jusqu'à 100%.
  3. La durée standard est d’environ 720 jours sur 900 jours. Cette limite s’applique généralement sur une période globale et non systématiquement par maladie, même si certains cas peuvent ouvrir un nouveau droit selon le contrat.

Répartition des primes entre employeur et employé

La loi ne prescrit aucune répartition obligatoire des primes IJM. Dans la pratique suisse, la répartition la plus courante est 50/50 entre employeur et employé. Certaines CCT imposent une répartition spécifique (par exemple, la CCNT de l'hôtellerie-restauration prévoit que l'employeur prend en charge au minimum la moitié de la prime). Une prise en charge à 100% par l'employeur constitue un avantage social attractif pour les collaborateurs. Elle renforce la sécurité financière en cas de maladie et représente un levier efficace de rétention et d'attractivité des talents.

Pour l'employeur, la part de prime versée constitue une charge déductible fiscalement. Pour le collaborateur, sa part est généralement déduite du salaire brut.

 

 

Comment choisir la bonne couverture IJM?

Le choix d'une IJM ne se résume pas à comparer les primes. Plusieurs facteurs déterminent la couverture adaptée.

  • La branche d'activité: vérifier d'abord si une CCT impose des conditions minimales. Si c'est le cas, le contrat doit au minimum respecter ces exigences.
  • La taille de l'entreprise: une micro-entreprise de 2-3 personnes est plus vulnérable à une absence longue qu'une structure de 50 collaborateurs. Le délai d'attente doit être calibré en fonction de la capacité de l'entreprise à absorber la charge salariale pendant les premières semaines.
  • Le profil de l'effectif: la composition de l'équipe (âge moyen, secteur d'activité, historique d'absences) influence le choix entre LAMal et LCA, ainsi que les conditions obtenues auprès des assureurs.
  • Le budget disponible: un délai d'attente plus long (60 ou 90 jours au lieu de 30) réduit la prime, mais augmente l'exposition financière de l'entreprise pendant la période de carence. La mise en place d'un stop-loss financier permet de plafonner le risque conservé par l'entreprise tout en bénéficiant de primes réduites.

💡 Un courtier indépendant peut comparer les offres de plusieurs assureurs et identifier la combinaison optimale entre délai d'attente, taux de couverture et prime.

L'approche commence par une analyse de risques qui évalue la situation réelle de l'entreprise avant de recommander une solution.

On répond à vos questions les plus courantes

L'assurance IJM est-elle obligatoire pour les employeurs en Suisse?
Non, aucune loi fédérale n'impose de souscrire une IJM. En revanche, l'article 324a du Code des obligations oblige l'employeur à maintenir le salaire en cas de maladie pendant une durée qui augmente avec l'ancienneté. L'IJM est le moyen le plus répandu de couvrir cette obligation. Par ailleurs, certaines conventions collectives de travail (CCT) rendent directement l'IJM obligatoire dans des branches spécifiques comme l'hôtellerie-restauration ou la construction.
Quelle est la différence entre une IJM LAMal et une IJM LCA?
L'IJM LAMal relève du droit social: l'assureur doit accepter tout assuré individuellement, mais peut appliquer des réserves pour maladies préexistantes (5 ans au maximum). Les primes sont calculées sur des critères collectifs, et l'assureur peut refuser de couvrir un collectif (entreprise) selon le niveau de risque. Le contrat ne peut pas être résilié librement par l'assureur. L'IJM LCA est un contrat de droit privé avec questionnaire médical, réserves possibles (parfois de longue durée voire définitives), mais une plus grande flexibilité: le taux d'indemnisation peut atteindre 100% du salaire plus facilement qu'en LAMal, et les paramètres du contrat sont modulables. En contrepartie, l'assureur peut résilier le contrat à l'échéance contractuelle.
Combien de temps l'employeur doit-il payer le salaire sans IJM en cas de maladie?
La durée dépend de l'ancienneté du collaborateur et de l'échelle cantonale applicable. À Genève (échelle de Berne), un employeur doit verser le salaire complet pendant 3 semaines la première année de service, puis cette durée augmente progressivement (1 mois en 2e année, 2 mois dès la 3e année, etc.).
Un indépendant peut-il souscrire une assurance IJM?
Oui. Un indépendant peut souscrire une IJM individuelle. C'est fortement recommandé, car aucune couverture maladie ne protège automatiquement le revenu d'un indépendant en Suisse. L'indépendant peut également ajouter la couverture du risque accident à son contrat IJM, ce qui est particulièrement pertinent puisque la LAA n'est pas obligatoire pour les indépendants.
Quel pourcentage du salaire couvre une IJM?
Le standard du marché est 80% du salaire brut assuré, versé pendant 720 à 730 jours sur une période de 900 jours consécutifs. Ce seuil de 80% est reconnu comme "prestation équivalente" au sens du Code des obligations. Certains contrats LCA permettent d'assurer jusqu'à 100% du salaire. Le délai d'attente, généralement de 30, 60 ou 90 jours, influence directement le montant des primes.

Protéger son entreprise commence par comprendre ses risques

L'assurance IJM n'est pas une formalité administrative parmi d'autres. C'est un outil de gestion des risques qui protège à la fois la trésorerie de l'entreprise et la sécurité financière des collaborateurs. Pour un indépendant, elle représente souvent la différence entre un arrêt maladie gérable et une mise en péril de l'activité.Le choix de la bonne couverture dépend de la situation spécifique de chaque entreprise: branche, effectif, historique de sinistres, budget. Un premier échange avec un conseiller dédié permet de faire le point sur vos contrats actuels et d'identifier les éventuelles lacunes de couverture, sans engagement.

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